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"Les PME suisses occupent une position de leader en comparaison internationale"

Un rapport montre le poids des petites et moyennes entreprises dans les 36 pays de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE). Décryptage de ces résultats avec Martin Godel, chef du secteur Politique PME du SECO.
07. février 2020 - PD/MIG

Moteurs du développement économique, technologique et sociétal d’un pays, les PME représentent plus de 99% des entreprises des 36 états-membres de l’Organisation de coopération et de développement (OCDE). D’après le rapport "Perspectives de l’OCDE sur les PME et l’entrepreneuriat" publié en mai 2019, elles concentrent plus de 60% des places de travail et créent 50 à 60% de la valeur ajoutée totale. En Suisse aussi, les entreprises de moins de 250 collaborateurs jouent un rôle prépondérant. Elles correspondent, en effet, à 99,7% des sociétés, pour deux tiers des emplois et 58% de la valeur ajoutée globale.

Consciente de l’importance des petites et moyennes sociétés pour l’économie du pays, la Confédération leur consacre une politique sur-mesure. Proposer des conditions optimales afin de garantir la prospérité de ces entreprises revêt un caractère indispensable pour Martin Godel. Le chef du secteur Politique PME du SECO met en perspective la situation suisse avec celle des autres pays de l’OCDE.

 

Comment la situation des petites et moyennes entreprises a évolué depuis le début de la crise financière et économique il y a dix ans?

Martin Godel: Le rapport de l’OCDE indique que les PME ont retrouvé de leur dynamisme. Depuis la crise financière et économique de 2008-2009 et jusqu’en 2016 (dernières données actualisées), leur situation s’est considérablement améliorée. Le nombre de créations de PME – une importante source de nouveaux emplois – a atteint, dans de nombreux pays, un niveau plus élevé en 2016 qu’avant la crise. Toutefois, le nombre de personnes employées en moyenne par chaque nouvelle entreprise créée était moindre. Entre 2013 et 2015 (années pour lesquelles l’OCDE présente les chiffres), c’était également le cas pour la Suisse: la création de PME au cours de cette période a entraîné une augmentation d’environ 5% par an du nombre total d’entreprises en Suisse, tandis le nombre d’emplois en découlant a augmenté d’environ 1% "seulement".

Par ailleurs, on constate généralement des différences notables de productivité et de salaires entre les PME et les grandes entreprises. Même dans les PME relativement grandes, les salaires au sein des pays de l’OCDE sont généralement inférieurs de 20% à ceux des grandes entreprises. Cela s’explique essentiellement par la plus faible productivité de nombreuses PME dans l’espace OCDE. En outre, la croissance de l’emploi des PME au cours de la dernière décennie s’est essentiellement produite dans des secteurs à productivité relativement faible.

 

Dans quels secteurs les PME suisses sont-elles particulièrement dynamiques?

Godel: Par rapport à la situation internationale, l’économie suisse se distingue avant tout par un solide secteur des services. C’est notamment dans les entreprises à productivité élevée de ce secteur que de nouveaux emplois ont vu le jour au travers de la création d’entreprises. Le commerce de gros et de détail ainsi que la branche du bâtiment ont également fortement contribué à la création de nouveaux emplois. Enfin, une part importante est à attribuer aux services des technologies de l’information et de la communication (TIC) avec 8% des emplois nouvellement créés.

 

Comment peut-on qualifier la productivité des postes de travail créés par les petites et moyennes unités helvétiques en comparaison internationale?

Godel: En Suisse, près de 60% des emplois créés par les nouvelles PME l’ont été dans des secteurs avec une productivité inférieure à la moyenne. Comme dans de nombreux pays de l’OCDE, il s’agit de secteurs tels que la restauration, les soins de santé et les soins infirmiers. Cela étant, les PME suisses occupent quand même une position de leader en comparaison internationale. La performance économique relativement élevée des PME locales se reflète également dans les nouveaux emplois créés par les PME. Ces derniers s’accompagnent d’ailleurs plus souvent que dans d’autres pays de salaires supérieurs à la moyenne.

 

Le rapport analyse également les conditions générales au déploiement des petites et moyennes entreprises. La Suisse offre-t-elle des conditions favorables par rapport aux autres pays? Si oui, dans quels domaines?

Le contexte économique international actuel se caractérise par une concurrence accrue entre les États en ce qui concerne les conditions générales. En comparaison internationale, la Suisse reste relativement favorable en termes de cadre juridique et de charges administratives. Cela provient de notre "héritage libéral". De nos jours, les réformes qui permettraient à la Suisse de renforcer considérablement son statut à l’international sont plutôt rares. Cela entraîne une érosion progressive de l’avantage concurrentiel de la Suisse. Le recul constant de la Suisse sur l’indice de la facilité de faire des affaires (Doing Business) indique que, dans de nombreux pays, la dynamique des réformes est sensiblement plus importante qu’en Suisse.

 

Quels aspects la Suisse devrait-elle changer, selon l’OCDE, afin d’améliorer encore davantage la situation des PME?

Dans son dernier rapport sur la politique économique de la Suisse, l’OCDE précise que si la numérisation est en bonne position dans le pays, la transformation numérique y est ralentie par une pénurie d’experts informatiques et un environnement concurrentiel parfois trop rigide. L'OCDE recommande donc de supprimer les barrières à l’entrée sur le marché et de renforcer la concurrence. Elle approuve également le lancement prévu de l’identité électronique (e-ID), qui devrait constituer un élément fondamental du futur État numérique et de l’économie numérique. L’identité électronique réglementée par l’État permet d’instaurer un climat de confiance ainsi qu’une meilleure sécurité au sein du trafic numérique. C’est un élément clé de la future économie numérique et de l’État numérique.

Enfin, les PME suisses sont plus impliquées dans l’innovation que leurs homologues de l’OCDE. En revanche, le rapport de l’OCDE souligne que ces dernières sont moins actives dans les réseaux de recherche et développement. Elles sont également moins proactives dans la numérisation des processus internes. C’est là que nous devons porter notre attention.

 

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Martin Godel est titulaire d’une licence de l’Institut de hautes études internationales et du développement à Genève et d’un master de The Fletcher School of Law and Diplomacy à Boston, MA (Etats-Unis). Il est entré en 2002 au Secrétariat d’État à l’économie (SECO), où il occupe désormais le poste de chef suppléant de la Direction de la promotion économique et de chef du secteur Politique PME.


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