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Simplifier le déploiement des cadres supérieurs internationaux

Les entreprises peuvent-elles attirer en Suisse les cadres internationaux de haut niveau dont elles ont besoin pour une croissance durable ? Dans une comparaison des conditions-cadres entre huit sites économiques pertinents, la Suisse arrive en dernier. C'est un défi pour les politiciens et les autorités.
17. mars 2020 - PD/MIG

La Suisse est toujours l'un des sites économiques les plus attrayants au monde, mais il est évident qu'elle perd continuellement du terrain. Les clients de la société de conseil Deloitte et les membres de la Chambre de commerce américano-suisse (Swiss AmCham) le constatent dans de nombreux domaines. D'après cela, les plaintes concernant les obstacles qui entravent l'embauche de cadres supérieurs internationaux sont particulièrement fréquentes.

Selon un rapport conjoint des deux organisations, les processus d'approbation en Suisse sont compliqués et prennent du temps, les entreprises évitent la paperasserie des différents bureaux et les diplômés universitaires étrangers qui réussissent quittent le pays en grand nombre. Dans le même temps, les baby-boomers quittent la vie active et la pénurie de travailleurs qualifiés s'aggrave. Afin de maintenir l'attrait du site économique, il faut donc une réglementation plus moderne pour les jeunes gens très talentueux et un accès privilégié aux autorités pour les entreprises certifiées, poursuit l'appel. En outre, les réglementations doivent être progressivement harmonisées dans toute la Suisse et les processus numérisés.

Les deux organisations ont uni leurs efforts pour mesurer l'influence des cadres supérieurs internationaux sur l'économie suisse et pour comparer les conditions cadres des principaux sites économiques pour l'échange de spécialistes. Après plusieurs dizaines de discussions avec des experts d'entreprises et d'associations ainsi qu'avec des chefs d'entreprises et des hommes politiques, diverses suggestions d'amélioration ont été élaborées.

 

Selon le rapport conjoint, seulement quatre pour cent de toutes les entreprises basées en Suisse sont actives au niveau international, mais elles créent un quart de tous les emplois, génèrent environ un tiers du produit intérieur brut de la Suisse et paient près de la moitié de tous les impôts sur les sociétés en Suisse. Cette catégorie comprend non seulement les grandes entreprises, mais aussi de nombreuses PME innovantes orientées vers le marché mondial. "Grâce à leur force d'innovation, toutes ces entreprises contribuent de manière décisive à la compétitivité et à la prospérité de notre pays", affirment les auteurs. Et les entreprises dépendent dans une large mesure de la mobilité internationale des travailleurs - y compris ceux qui viennent de l'extérieur de l'UE et de l'AELE.

 

Peu de personnes à forte valeur ajoutée

Les cadres supérieurs internationaux des pays tiers ne forment actuellement qu'un petit groupe, représentant trois pour cent de la migration annuelle. Toutefois, leur contribution à la valeur ajoutée des entreprises suisses est supérieure à la moyenne. Par exemple, les 3800 personnes originaires de pays tiers dans des secteurs hautement productifs ont généré en moyenne un peu moins de 240 000 CHF en 2017, alors que la moyenne suisse se situe autour de 150 000 CHF. En outre, ces personnes créent souvent leur propre entreprise et créent ainsi des emplois.

«Les entreprises suisses ont un succès mondial et dépendent donc des meilleurs travailleurs du monde entier. Les cadres supérieurs internationaux hautement qualifiés contribuent de manière décisive à pallier la pénurie croissante de travailleurs qualifiés. Et elles permettent de contrer l'influence du vieillissement démographique, de promouvoir l'échange de connaissances, d'augmenter les recettes fiscales et de sécurité sociale et de stimuler la productivité», explique Reto Savoia, PDG de Deloitte Suisse.

 

La Suisse en queue de peloton

Une comparaison non exhaustive de six critères sur huit sites différents, attrayants sur le plan international, réalisée par Deloitte Suisse en coopération avec des experts locaux de Deloitte en matière de mobilité des talents, montre clairement que les critères suivants ne sont pas exhaustifs Les processus d'approbation, en particulier pour les jeunes employés très talentueux et pour la mobilité interne des entreprises en Suisse, sont trop complexes. Toutes les entreprises doivent passer par les mêmes processus complexes, quelle que soit la fréquence de leurs demandes de permis. Dans très peu de cantons, les demandes peuvent être déposées entièrement en ligne, et encore moins être contrôlées tout au long de la procédure. Il est particulièrement difficile d'obtenir des permis de travail pour les jeunes gens très talentueux qui n'ont pas une grande expérience professionnelle.

«La Suisse ne peut pas concurrencer des endroits tels que l'Irlande, Singapour, l'Allemagne ou le Luxembourg en ce qui concerne les conditions cadres de la mobilité des meilleurs talents internationaux. Dans notre classement de huit pays, elle arrive en dernier. L'amélioration des conditions-cadres permettrait donc d'accroître efficacement la compétitivité et la capacité d'innovation de la Suisse, ce qui augmenterait notre prospérité et créerait des emplois», explique Reto Savoia.

Martin Naville, directeur général de l'AmCham suisse, ajoute : «Il n'est pas nécessaire de modifier fondamentalement le système d'immigration existant, ni d'abolir les quotas pour les travailleurs provenant de pays extérieurs à l'UE et à l'AELE. Nous proposons plutôt des ajustements peu invasifs qui amélioreront sensiblement la compétitivité de la Suisse - sans effets secondaires tels que le dumping salarial, le stress de la densité ou une plus grande concurrence pour l'emploi».

 

Améliorations pour les diplômés

Deux mesures doivent permettre d'améliorer les conditions cadres pour les jeunes gens très talentueux et les jeunes entreprises : D'une part, les étudiants originaires de pays hors UE ou AELE qui ont obtenu au moins un master dans une université suisse ont obtenu une autorisation de séjour de trois ans et ont pu prendre un emploi sans être soumis à la priorité nationale. Cette mesure permettrait non seulement de renforcer le site, mais aussi d'accroître l'attrait des universités suisses.

D'autre part, les diplômés des programmes de master dans les matières MINT (mathématiques, informatique, sciences naturelles et technologie) de certaines grandes universités du monde entier devraient être autorisés à chercher un emploi en Suisse. S'ils peuvent prouver qu'ils disposent de moyens financiers suffisants, ils se verront accorder un permis de séjour d'une durée maximale de trois ans sans avoir déjà reçu une offre d'emploi. Cette solution serait particulièrement utile pour les entreprises en phase de démarrage. Bien qu'ils soient des moteurs de l'innovation, ils ne savent pas très bien s'y retrouver dans les exigences bureaucratiques complexes de la mobilité internationale.

 

Simplifier les programmes de stages internationaux

La mobilité interne des salariés à travers les frontières devient de plus en plus importante, par exemple par le biais de programmes de formation internationaux, de formations internes aux entreprises, de voyages d'affaires en Suisse ou de l'accueil temporaire de salariés sur place. Afin de simplifier la mobilité interne des entreprises, il est proposé de créer un système de certification pour certaines entreprises, qui pourraient alors obtenir des permis plus facilement et plus rapidement ou, au mieux, n'en auraient plus besoin. Bien entendu, ces entreprises devraient être en mesure de prouver qu'elles respectent toutes les réglementations et seraient lourdement sanctionnées en cas de violation.

 

Les autorités doivent vouloir la numérisation

En outre, les autorités cantonales et fédérales doivent poursuivre la numérisation à grande échelle et l'harmonisation progressive des processus d'autorisation dans toute la Suisse sans porter atteinte à l'autonomie cantonale et à la liberté de décision. Cela permettrait également de mesurer des indicateurs de performance tels que le temps de traitement et d'accroître la transparence du processus. La création d'une interface client pour la communication directe entre les entreprises et les autorités cantonales serait particulièrement visible.

«Nos discussions avec les entreprises et les autorités ont montré que la nécessité d'une plus grande numérisation est généralement reconnue. La voie à suivre pour y parvenir peut être empruntée sans décisions politiques. Je voudrais donc appeler toutes les parties concernées à faire avancer la numérisation pour l'enregistrement des employés étrangers, par exemple via le portail d'entreprise EasyGov existant», déclare Martin Naville.

 

Ne pas se détourner des quotas

Le nouveau règlement entraînerait une augmentation modérée des quotas annuels de personnes originaires de pays tiers d'environ 1500 : la moitié serait constituée de permis de séjour de longue durée, l'autre moitié de courts séjours. Calculé approximativement, ce chiffre correspond à environ un pour cent de toutes les personnes qui viennent en Suisse chaque année pour y vivre.

+Les ajustements proposés ne constituent pas une dérogation au système éprouvé des quotas. Elles ne changent pas non plus le fait que nous ne devons pas mettre en péril le système éprouvé des accords bilatéraux et que nous devons continuer à œuvrer pour un accord-cadre avec l'UE. Les mesures sélectives visant à améliorer la mobilité des travailleurs hautement qualifiés sont très importantes pour la place économique suisse. Nous parlons ici de personnes qui, par leurs activités, favorisent l'innovation, enrichissent la vie sociale et créent globalement de nouveaux emplois», explique Reto Savoia.

 

 

 

Des exemples réalistes tirés de la pratique actuelle pour illustrer les champs d'action concrets :

- Diplômés d'universités suisses hors UE/AELE : après avoir terminé ses études doctorales à l'ETH Zurich en mathématiques appliquées, une femme argentine reçoit une offre intéressante d'une start-up de Suisse orientale. Cependant, la complexité, le coût et l'imprévisibilité du processus d'approbation l'ont découragée et elle a retiré son offre. Cependant, la jeune femme accepte par la suite une offre de travail à Londres et quitte à nouveau la Suisse après sa formation.

 

- Diplômés des meilleures universités étrangères hors UE/AELE : Un diplômé indien en informatique d'Oxford travaille temporairement en Suisse et reçoit une offre d'un autre employeur avec un contrat à durée indéterminée. L'employeur hésite en raison de la complexité du processus d'approbation, notamment en raison des perspectives de réussite incertaines. Alors que l'employeur examine encore s'il doit investir des ressources, l'homme reçoit une offre d'emploi des États-Unis et quitte la Suisse.

 

- Voyages d'affaires : La main-d'œuvre d'une entreprise internationale dont le siège est à Bâle se déplace régulièrement de l'étranger, généralement pour moins de 20 jours par employé et par an. Aujourd'hui, l'entreprise demande des permis de 120 jours pour les voyageurs d'affaires afin d'être en sécurité. Cela entraîne des dépenses supplémentaires considérables pour l'entreprise et les autorités.

 

- Stage pour les meilleurs talents : une grande entreprise suisse veut ouvrir un centre de formation pour les jeunes internationaux à son siège de Biel/Bienne. Toutefois, la procédure d'approbation suisse pour le personnel junior s'avère trop coûteuse. L'entreprise ouvre donc le centre de formation en Irlande.


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